Le classement des banques françaises selon leur engagement fossile- 06.2019

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Banques et Assurances 10 mars 2020

L’ONG Oxfam appelle le gouvernement à prendre des mesures contraignant les banques à ne plus investir dans les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) pour respecter l’Accord de Paris sur le climat. Selon l’ONG, sur la période 2016-2017, les six plus grandes banques françaises ont consacré la majeure partie de leurs financements et investissements dans l’énergie aux fossiles.

Face à l’immobilisme des banques françaises, Oxfam demande des actes forts de l’État et que le gouvernement contraigne les banques à publier immédiatement un plan de sortie des énergies fossiles”, déclare Oxfam qui publie une analyse des politiques énergétiques de huit établissements bancaires (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE-Natixis, La Banque Postale, Crédit Mutuel-CIC, le Crédit Coopératif et la NEF).

Les grandes banques en dessous de la moyenne

À la manière d’une agence de notation extra-financière, l’étude, réalisée par Fair Finance France, attribue des notes à chaque banque sur le critère du changement climatique. Seule la banque NEF fait figure d’excellente élève avec un 10/10 récompensant une politique de financement des projets à impacts neutres et positifs, notamment autour des énergies renouvelables et de l’agriculture biologique. Elle est suivie par le Crédit Coopératif, filiale du mastodonte BPCE, qui finance l’économie sociale et solidaire.

Classement banque Oxfam changement climatique

Mais ensuite les notes dégringolent. Même La Banque Postale, troisième du podium, n’arrive pas à décrocher la moyenne. Classées 5e ex-aequo par l’ONG, Société Générale et Crédit Agricole font partie des lanternes rouges, précédées par BNP Paribas. La maison mère BPCE est avant-dernière du classement, talonnée par Crédit Mutuel-CIC.

Selon Oxfam, sur la période 2016-2017, les six plus grandes banques françaises ont consacré la majeure partie de leurs financements et investissements aux énergies fossiles : 62,5 % ont été accordés au gaz et au pétrole ainsi que 8,5 % au charbon contre 19,6% pour les énergies renouvelables. Les 9,4 % restants ont financé d’autres énergies telles que l’hydraulique et le nucléaire, détaille l’ONG qui reprend les données d’un rapport publié en novembre 2018.

Les banques contestent

Les banques contestent pourtant la méthodologie de l’étude. “Nous avons cessé d’être neutres et nous avons résolument déplacé le centre de gravité de nos financements de manière à devenir un accélérateur de la transition énergétique”, a réagi BNP Paribas dans un courrier adressé à Oxfam. “En vous appuyant sur la comparaison de nos chiffres bruts à ceux de banques plus petites, vous pouvez laisser croire que nous ne faisons pas d’efforts pour réduire le financement des énergies fossiles”, précise la banque qui assure que son financement des énergies renouvelables a connu une croissance de 66% en deux ans.

Pour la banque mutualiste Crédit Mutuel, la pilule est aussi difficile à avaler. “Nous regrettons vivement que cette publication d’Oxfam ne prenne en compte ni les dernières données publiées en avril 2019, ni les engagements pris par Crédit Mutuel Alliance Fédérale post COP21“, a commenté un porte-parole de la banque. Il rappelle l’engagement du groupe d’augmenter de 30 % des financements à fort impact climatique et de baisser de 30 % son empreinte carbone via un mécanisme de compensation.

Pour sa part BPCE a rappelé dans une déclaration s’être “fixé pour objectif, à horizon 2020, un montant de 10 milliards d’euros de crédits en faveur de la croissance verte (énergies renouvelables, rénovation thermique des logements, mobilité durable…)” et avoir atteint avec sa filiale cotée Natixis près de 90 % de cet objectif, soit 8,7 milliards d’euros.

Oxfam en appelle au gouvernement

Lors de la diffusion du rapport de 2018, le ministre de l’Économie avait appelé les banques à “tenir leurs engagements” dans la lutte contre le réchauffement climatique et demandé d’arrêter “définitivement de financer les activités les plus nocives pour le réchauffement climatique, en particulier le charbon”. Mais cela ne suffit pas selon l’ONG.

Pour que l’Accord de Paris sur le climat soit respecté, le gouvernement “doit contraindre les acteurs financiers” à “adopter un plan de désengagement progressif du charbon au plus tard en 2030 dans l’OCDE et l’UE, et en 2040 dans le reste du monde”. Oxfam préconise notamment la publication d’un “plan de stabilisation puis de diminution” des investissements dans les secteurs pétrolier et gazier. Pour permettre la transparence sur les implications de leurs investissements, elle demande à ce que les établissements mesurent et divulguent les émissions de gaz à effet de serre de leur portefeuille.

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