Lactalis et Danone épinglées pour leurs émissions de méthane – 11.2022

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Alimentaire 28 novembre 2022

Danone et Lactalis, deux entreprises françaises, figurent dans le Top 15 des entreprises de viande et produits laitiers les plus émettrices de méthane au monde. Ce gaz à effet de serre a un pouvoir réchauffant 80 fois plus important que celui du CO2. Sa réduction est donc un puissant levier dans la lutte contre le changement climatique. Mais malgré l’annonce d’engagements au niveau mondial en ce sens, les entreprises du secteur ne déclarent toujours pas leurs émissions de méthane sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. 

Un nouveau rapport publié par l’Institute for Agriculture and Trade Policy et la Changing Markets Foundation, ce mardi 15 novembre, montre que les quinze plus grandes entreprises de viande et de produits laitiers dans le monde émettent plus de méthane que des pays comme la Russie, le Canada, l’Australie ou l’Allemagne. Autre donnée parlante, si elles étaient un État, ces quinze entreprises se situeraient au dixième rang des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre dans le monde, et émettraient plus que les géants pétroliers ExxonMobil, BP ou Shell.

Parmi elles, on trouve deux entreprises françaises, aux profils diamétralement opposés. D’une part, il y a Danone, entreprise à mission, également labellisée B-corp, régulièrement sur le podium de tête des classements en matière de transparence environnementale et signataire des appels à plus d’action climatique, à l’instar de celui lancé la semaine dernière à la COP27 pour préserver l’objectif 1,5°C. Et de l’autre, Lactalis, discrète entreprise familiale qui se place quand même au premier rang mondial des producteurs laitiers, avec un fonctionnement plus opaque et un engagement climatique très récent.

Infog danone lactalis

Données issues du rapport publié par l’Institute for Agriculture and Trade Policy et la Changing Markets Foundation.

Mais au final, le résultat est le même. Les émissions de méthane apparaissent comme les grandes oubliées des entreprises de la production de viande et de lait. Pourtant, à elles seules, les émissions de Lactalis et Danone pèsent pour plus d’un tiers des émissions de méthane de la France. 

Rapporter les émissions de méthane séparément

“Danone s’est fixé des objectifs de neutralité carbone validés par l’initiative Science based target, mais l’entreprise ne rapporte pas séparément ses émissions de méthane et n’a pas d’actions spécifiques sur le sujet alors qu’elles représentent 56% de ses émissions totales de gaz à effet de serre. Quant à Lactalis, elle ne rapporte pas non plus ses émissions de méthane, qui représentent 47% de ses émissions totales de gaz à effet de serre. Et elle ne prend pas en compte les émissions liées au scope 3, c’est-à-dire les émissions de ses fermes où se concentrent les émissions de méthane”, explique auprès de Novethic Nusa Urbancic, directrice de campagne chez Changing Markets.

Dès 2015, Danone a pris un objectif de neutralité carbone sur l’ensemble de sa chaîne de valeur d’ici 2050, “depuis les fermes où nous nous approvisionnons jusqu’à nos milliards de consommateurs dans le monde”, explique l’entreprise sur son site internet. Elle est également engagée dans la lutte contre la déforestation, en faveur d’une agriculture régénératrice et elle soutient les Objectifs de développement durable (ODD). Mais peu d’actions de réduction des émissions de méthane sont mises en avant.

L’entreprise a notamment mis en place un projet pilote en Belgique qui permettrait de réduire ces émissions grâce à l’ajout d’un nouvel ingrédient dans l’alimentation des vaches. Danone Manifesto Ventures, le société de capital-risque du groupe, a également investi dans les jeunes sociétés innovantes Zelp (technologie portable de mitigation de méthane) et Symbrosia (additif alimentaire à base d’algues). Des innovations technologiques mais pas de feuille de route objectivée.

Lactalis, de son côté, a publié sa démarche de neutralité carbone en février dernier. En 2019, l’entreprise avait rejoint le projet “Eco-Sens”, qui vise à utiliser un outil de suivi des émissions de méthane entérique des vaches afin de piloter leur réduction. “À ce jour, nos techniciens laitiers accompagnent plus de 220 éleveurs partenaires à utiliser cet outil en France, en Suède et en République Tchèque. En moyenne, cela conduit à réduire les émissions de GES des vaches d’environ 12 %”, explique Lactalis. L’entreprise teste également en Italie l’usage d’un additif alimentaire pour réduire ces émissions et soutient des recherches aux Etats-Unis sur une algue ayant des propriétés permettant de réduire là aussi les émissions de méthane.

Pas de débat sur une réduction de la consommation

À la COP de Glasgow, l’an dernier, 130 pays avaient rejoint le Global Methane Pledge, avec l’engagement de réduire les émissions de méthane de 30% d’ici 2030. Une réunion ministérielle est prévue le 17 novembre à la COP27 de Charm el-Cheikh, au cours de laquelle 40 pays vont dévoiler leur feuille de route. Car il faut bien avouer qu’en un an, il y n’y a pas eu d’avancées. Aucun des signataires – y compris neuf des dix pays où les 15 grandes entreprises de viande et de produits laitiers ont leur siège social – n’a de plans suffisants pour faire face au méthane issu de l’élevage, qui est responsable de 32% des émissions mondiales.  

“Depuis notre premier rapport, publié à la COP26 de Glasgow, le secteur n’a quasiment pas évolué sur le sujet. Et aucune des quinze entreprises analysées ne déclare ses émissions de méthane sur l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement”, regrette auprès de Novethic Nusa Urbancic, directrice de campagne chez Changing Markets. “Les débats portent sur les innovations technologiques et non pas sur la réduction de la consommation de viande et de produits laitiers. Or, il est indispensable d’accélérer sur le méthane, qui est un gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant 80 fois plus important que le CO2 sur une période de vingt ans.” 

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