Les enjeux du pétrole – 10.2020

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Énergie 4 octobre 2020

Le pétrole est le carburant de l’humanité. Pourtant, dans les années qui viennent, nous viendrons inexorablement à en manquer. Pourquoi est-ce important ? Explications en 7 points clés.

Le pétrole est la mère de toutes les énergies

Commodité, souplesse, puissance. Les propriétés naturelles du pétrole lui confèrent un avantage majeur sur les autres sources d’énergie fossile, comme le charbon ou le gaz naturel. Son extraction nécessite peu de main d’œuvre et est relativement peu coûteuse. Au 20ème siècle, les différentes ruées vers l’or noir permettent de dégager des marges de profit colossales qui donnent naissance à la civilisation thermo-industrielle.

Les conflits se nourrissent de pétrole ; le pétrole génère des conflits

Tout au long du 20ème siècle, l’énergie mécanique fournie par le pétrole accroît l’intensité des conflits mondiaux. Les chars, les avions de combat et l’artillerie des conflits du 20ème siècle sont très gourmands en carburant. L’accès à du pétrole abondant facilite les grandes opérations militaires comme le Blitzkrieg, la tactique de la guerre éclair ; la bataille de Pearl Harbor, la naissance du IIIème Reich…

Dans la seconde moitié du siècle, la nécessité de maîtriser toujours plus de nouveaux champs pétroliers conduit à l’avènement de guerres du pétrole : la guerre du Golfe de 1991, puis l’invasion de l’Irak en 2003. Aujourd’hui, l’équilibre des forces dans le Golfe persique et au Moyen-Orient est très intimement lié aux enjeux pétroliers.

Les dérivés de pétrole sont partout !

Le pétrole, ce n’est pas seulement le carburant destiné aux machines. Disque vinyle, tissu acrylique, PVC, frisbee, silicone, paille coudée, engrais artificiels…Tous ces produits sont des dérivés de pétrole. Depuis plusieurs années, le plastique a envahi notre quotidien ;  c’est l’un des débouchés principaux de l’industrie pétrolière. Face à la baisse de la demande en carburant fossile, celle-ci prévoit de miser sur le plastique pour sauver sa peau. Une perspective funeste, qui pourrait être entravée par un durcissement des règlementations, et une fronde des consommateurs et consommatrices.

L’effet rebond : quand économiser c’est consommer plus

La plupart du temps, économiser de l’énergie nous fait consommer plus d’énergie. Vous avez dit paradoxe ? Il s’agit plutôt de ce que les scientifiques appellent l’effet rebond. Prenons le cas de la voiture : un moteur plus efficace me permettra de consommer moins de carburant ; mais je serai alors en capacité de faire plus de kilomètres… et donc de consommer plus de carburant. Au bout du compte, l’effet rebond annule les économies d’énergies permises par l’innovation technologique.

Sans énergie abondante et disponible, pas de croissance possible

L’abondance énergétique est à la base de l’abondance matérielle. Plus d’énergie permet plus de consommation ; celle-ci génère plus de profits qui permettent de financer l’extraction de davantage d’énergie. Le seul frein à cette spirale est la raréfaction des sources disponibles. La croissance économique est donc arrimée à la croissance des source d’énergie. Sans pétrole abondant et bon marché, pas de croissance.

Le déclin de la production pétrolière est inexorable

Il faudrait que le monde ajoute, chaque décennie, l’équivalent de quatre Arabie Saoudite et de dix mers du Nord pour maintenir l’offre de pétrole à son niveau actuel – avant même d’envisager satisfaire un accroissement de la demande. Dans ce contexte, la perspective d’une « croissance verte » semble se fracasser sur le mur des réalités matérielles et physiques. Pourquoi ? Parce que la croissance dépend de la disponibilité de ressources, en majorité fossiles, et que celles-ci s’amenuisent sans que les alternatives énergétiques ne permettent de compenser complètement ce déclin. Par ailleurs, les ressources fossiles ont un impact très négatif et accélèrent les dérèglements climatiques. Pas de pétrole, pas de croissance. Encore moins une croissance vertueuse du point de vue environnemental. Dès lors, il devient plus réaliste de raisonner dans un cadre de post-croissance ou d’a-croissance. Pas de panique, les modèles alternatifs existent !

Nous avons définitivement quitté l’âge du carburant abondant et bon marché

Le pic pétrolier est une réalité physique qui fait – à peu près – consensus. Les années qui viennent vont être marquées par la raréfaction des sources d’approvisionnement, qui ne seront pas compensées par les sources alternatives comme les sables bitumeux ou les pétroles de schiste. Dès lors, les spécialistes s’accordent pour le souligner : nous devons anticiper le sevrage, sous peine d’y être contraint.e.s.


La source principale de cet article est l’ouvrage Or noir. La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau (La Découverte, 2017). Surnommé la «Bible du pétrole», cet essai retrace sur plus d’un siècle et demi l’histoire de notre dépendance à l’or noir.

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