Les enjeux de l’hydrogène renouvelable en Europe – 07.2020

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Énergie 13 juillet 2020

Bruxelles a présenté mercredi 8 juillet une feuille de route qui prévoit l’installation de 40 gigawatts d’électrolyseurs d’ici 2030 afin de produire dix millions de tonnes d’hydrogène à partir d’électricité renouvelable. L’hydrogène vert doit ainsi devenir l’un des outils clés pour décarboner l’économie européenne et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ce sera l’un des investissements prioritaires, promet la Commission européenne. 

C’est l’énergie vedette partout dans le monde”, lance Frans Timmermans, le vice-président exécutif du Pacte vert européen, lors d’une conférence de presse mercredi 8 juillet. “L’hydrogène propre est une pièce clé du puzzle pour parvenir à une économie sans carbone. L’Union européenne est chef de file et veut le rester mais il va falloir redoubler d’efforts car les autres nous rattrapent”, a déclaré le commissaire européen.

Et pour garder cette position de leader, la Commission européenne a dégainé une feuille de route très attendue par les acteurs du secteur qui déplorent plusieurs faux-départs ces dernières années. Cette fois semble être la bonne. Les objectifs européens prévoient l’installation d’au moins 6 gigawatts d’électrolyseurs pour produire jusqu’à un million de tonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2024, et au moins 40 gigawatts supplémentaires d’électrolyseurs d’ici 2030 pour produire jusqu’à dix millions de tonnes d’hydrogène renouvelable dans l’UE.

14 % de la consommation d’énergie européenne

Actuellement, près de dix millions de tonnes d’hydrogène sont produites chaque année dans l’Union à partir d’énergies fossiles dans la très grande majorité. L’objectif est de le “verdir” progressivement en le produisant par électrolyse de l’eau avec de l’électricité issue de sources renouvelables. Cet hydrogène propre permettrait ainsi de décarbonner des secteurs qui peinent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre dans l’industrie et notamment la production d’acier. Il servirait aussi comme carburant pour le transport aérien et maritime, les poids lourds, et pour les batteries et le stockage d’énergie.     

De 2030 à 2050, les technologies de l’hydrogène renouvelable devraient arriver à maturité et être déployées à grande échelle, prévoit la Commission. La part de l’hydrogène dans le mix énergétique européen devrait ainsi passer de moins de 2 % aujourd’hui à 13-14 % d’ici 2050. L’exécutif européen en a d’ailleurs fait l’un des investissements prioritaires pour la relance et la transition. Il a aussi lancé l’Alliance européenne pour l’hydrogène propre avec les chefs de file de l’industrie, la société civile, les ministres et la Banque européenne d’investissement, afin de mettre en place “un pipeline d’investissements pour une production à plus grande échelle”.

La filière est en train de se structurer et de nombreux indicateurs montrent que le point de basculement est proche. La valorisation, de plus de 30 milliards d’euros, atteinte par la startup Nikola Corporation, spécialiste des camions à hydrogène, a de quoi faire rougir les constructeurs automobiles traditionnels. Entre novembre 2019 et mars 2020, les analystes de marché ont par ailleurs revu à la hausse la liste des investissements mondiaux, passés de 3,2 GW à 8,2 GW d’électrolyseurs d’ici 2030 dont 57 % en Europe. En outre, le nombre d’entreprises ayant rejoint le Conseil international de l’hydrogène est passé de 13 en 2017 à 81 aujourd’hui.

“Une porte ouverte aux fossiles”

Mais plusieurs ONG ainsi que dix acteurs majeurs des énergies renouvelables et de l’hydrogène, dont Enel, Iberdrola et Orsted (mais aucun Français), s’inquiètent d’une porte grande ouverte à l’hydrogène produit à partir de fossiles. “La déclaration du vice-président Timmermans selon laquelle il ne peut pas donner de date limite pour l’utilisation des gaz fossiles dans le secteur de l’hydrogène est plus qu’inquiétante”, a réagi Esther Bollendorff, du Climate Action Network Europe.

La Commission européenne confirme que dans les premières années, une “période de transition” sera nécessaire pour assurer une production stable et des prix compétitifs, en ayant recours à des énergies carbonées atténuées par des techniques de capture. Fin juin, une large coalition d’industriels – ExxonMobil, GE, ENI, Equinor ou Erdgas – avait plaidé pour une production d’hydrogène au gaz naturel, accompagnée de technologies de capture de carbone, “nécessaire pour rendre les utilisations de l’hydrogène compétitives en termes de coût“. “Aujourd’hui, il est 2 à 5 fois moins cher que l’hydrogène renouvelable et son déploiement contribuera à réduire le coût de ce dernier“, avançaient-ils.

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