L’érosion accélérée de la biodiversité menace la sécurité alimentaire – 09.2020

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News 11 septembre 2020

Le nouveau rapport Planète vivante du WWF révèle une accélération de la destruction de la biodiversité. L’approvisionnement alimentaire, qui repose sur des espèces surexploitées et de moins en moins diversifiées, est menacé.

Les chiffres relatifs à l’érosion de la biodiversité sont toujours plus alarmants. Les populations de vertébrés ont chuté de 68 % entre 1970 et 2016, révèle le nouveau rapport Planète vivante publié ce jeudi 10 septembre par le WWF. Or, les variations de populations d’espèces constituent un indicateur majeur de la santé globale des écosystèmes.

« Soixante-quinze pour cent de la surface terrestre libre de glace a déjà été considérablement altérée, la plupart des océans sont pollués et les zones humides ont perdu plus de 85 % de leur superficie », rapporte l’ONG.

Indice en-deçà de la limite inférieure de sécurité

Parmi les indices analysés, figure l’indice « Intégrité de la biodiversité » qui mesure la capacité des écosystèmes à fournir des bénéfices aux populations, ou services écosystémiques. L’indice moyen mondial, établi à 79 %, est bien en-deçà de la limite inférieure de sécurité fixée à 90 %. Et il continue de baisser, en particulier en Afrique. Cet indice était déjà très faible dans certaines régions, comme l’Europe occidentale, où les terres sont utilisées de manière intensive depuis très longtemps. « Ce qui laisse supposer que la biodiversité terrestre de la planète est déjà dangereusement compromise », conclut le WWF.

D’autres indicateurs sont tout aussi alarmants. Les études de long terme sur les insectes, qui existent surtout en Europe et en Amérique du Nord, révèlent « une diminution extrêmement rapide, récente et continue du nombres d’insectes, de leur répartition ou de leur poids global ». Le déclin touche également le règne végétal. « Le nombre d’extinctions connues de plantes est deux fois plus élevé que celui des mammifères, des oiseaux et des amphibiens réunis », ajoute l’ONG.

« La destruction des écosystèmes à des fins agricoles demeure la principale cause du déclin de la biodiversité. Quatre-vingts pour cent de la déforestation mondiale et la majorité des feux de forêts tropicaux, de même qu’une grande partie de la disparition des zones humides et des pollutions des milieux d’eau douce s’expliquent par l’extension des surfaces agricoles », pointe Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF France. On notera, à cet égard, que la baisse de 94 % de l’indice Planète vivante pour les sous-régions tropicales des Amériques constitue « le déclin le plus important jamais observé dans une région ».

Neuf espèces végétales pour deux-tiers de la production mondiale

« Au-delà des enjeux sanitaires, la destruction des écosystèmes et la perte de biodiversité font aussi porter un risque considérable sur la sécurité alimentaire mondiale qui repose sur un grand nombre d’espèces sauvages (de plus en plus surexploitées) et cultivées (de moins en moins diversifiées) », explique le WWF.

La diversité du vivant est en effet menacée. « Sur les 6 000 espèces cultivées dans le monde, neuf fournissent deux-tiers de la production alimentaire mondiale », indique le rapport. Les chiffres sont aussi préoccupants pour la production animale : sur les 40 espèces animales domestiques, huit fournissent 95 % de la production alimentaire mondiale ; sur les 700 espèces élevées en aquaculture, dix représentent 50 % de la production.

« Nous sommes des victimes du déclin de la nature, et particulièrement les populations les plus vulnérables. Mais ce n’est pas une fatalité car nous sommes aussi des acteurs de changement. Il est urgent et impératif de se mobiliser pour préserver et restaurer les écosystèmes et pour garantir un avenir soutenable pour tou.te.s », positive Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France.

Les causes sont principalement liées au développement de l’agriculture industrielle. Par conséquent, les scénarios permettant d’enrayer cet effondrement passent principalement par la transformation du modèle agricole dominant et par la réduction de 50 % de la consommation de protéines animales« Nous exhortons les décideurs à prendre leurs responsabilités pour aboutir à un accord ambitieux pour la nature et l’homme lors de la COP 15 et mettre la France et l’UE sur la voie d’une PAC plus verte, d’une relance réellement au service de la biodiversité et de la lutte contre la déforestation importée », interpelle Arnaud Gauffier.

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