La grande distribution menace les acteurs historiques du bio- 04.2018

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Distribution 10 mars 2020

Les enseignes historiques de la bio comme Biocoop craignent l’arrivée en masse de Carrefour, Leclerc, Auchan ou System U sur leur marché. Pour se démarquer, elles vont mettre en avant leur valeur ajoutée, soit une bio de cohérence basée sur une agriculture paysanne, de proximité et durable. Et dénoncent une “industrialisation” de la bio par la grande distribution.

Ils arrivent. Les mastodontes de la grande distribution, forts de leur chiffre d’affaires important et leur réseau de grandes surfaces, s’emparent du bio. Un virage qu’ils ont entamé il y a quelques années, mais qui est aujourd’hui à un tournant crucial. Auchan a ouvert son premier magasin bio en novembre. Carrefour va créer, dans les cinq prochaines années, 2000 magasins de proximité axés sur le bio. De son côté, Leclerc lance une centaine d’enseignes spécialisées dans le bio sous la marque “Le village bio”. Sans compter les géants de l’agro-alimentaire. Danone, sous l’impulsion de son PDG, Emmanuel Faber, compte ainsi passer de 4 à 15 % de bio d’ici 2022 en France.

Une arrivée massive qui fait frémir les enseignes historiques de la bio. “On craint bien sûr une baisse de nos ventes, c’est une évidence, le marché va se partager”, avoue Claude Gruffat, président de Biocoop. La coopérative a pourtant les reins solides. En progression constante, elle affiche un chiffre d’affaires de 1,1 milliard d’euros. Mais c’est Carrefour qui détient la place du premier distributeur bio en France avec 1,23 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, la marque vend un produit bio sur deux.

“Les valeurs de la bio sont altérées par la grande distribution”

“Notre rôle est de maintenir une agriculture bio paysanne et de proximité basée sur le commerce équitable. Nous défendons une bio de cohérence, c’est notre valeur ajoutée”, explique Claude Gruffat. L’enseigne spécialisée, pourtant réticente à une communication “agressive” réfléchit à lancer une campagne pour mieux se démarquer des Carrefour, Leclerc, Auchan, Super U et cie. “Le risque avec la grande distribution est de voir se développer une agriculture bio industrialisée et productiviste”, prévient le président.

Même discours du côté du fabricant Léa Nature dont le fondateur, Charles Kloboukoff, a créé des marques comme Jardins bio, Vitamont ou Mamie Bio.  “Les valeurs de la bio sont altérées par la grande distribution”, estime une porte-parole. “Mais on ne joue pas à armes égales. Les multinationales et groupes agro-alimentaires raflent tout le marché, elles ont une grosse force de frappe”.

Un label AB plus exigent pour se démarquer

D’où l’idée, émise par plusieurs acteurs historiques de la bio de refonder le label français AB. Aujourd’hui calqué sur le label européen, il est considéré comme peu exigeant par les spécialistes. “On veut un label qui ne soit pas seulement un anti-pesticide. On souhaite qu’il prenne en compte les externalités positives sur l’environnement, la santé, le social”, ajoute Léa Nature.

Un tel label existe déjà, il s’appelle Biocohérence et est porté par Biocoop. Mais il a dû mal à émerger. “S’il ne décolle pas, oui, il faudra remettre sur la table le label AB”, juge Claude Gruffat. Reste à savoir si cela suffira à converser les adeptes du bio dans le giron des acteurs historiques.

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