Peut-on éviter le pire ?: les solutions concrètes du GIEC – 04.2022

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News 11 avril 2022

Il est grand temps de se bouger et de mettre en place les solutions qui existent et fonctionnent. Voilà pour résumer (très) grossièrement le troisième volet du sixième rapport du GIEC. Voici le point sur ses conclusions concernant les technologies nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique. 

Les rapports du GIEC se succèdent et accumulent les conclusions alarmantes. Mais le dernier en date – non moins alarmant – donne tout de même une lueur d’espoir. Ce troisième volet du sixième rapport du GIEC rédigé par 278 chercheurs de 65 pays s’adresse directement aux décideurs : États, villes, entreprises et société civile. Il détaille sur 3 000 pages les différentes solutions possibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il ne reste que trois ans pour inverser la courbe des émissions, limiter le réchauffement à + 1,5 degré et espérer un monde vivable, et que nous ne sommes pas vraiment sur la bonne voie. La bonne nouvelle, c’est que tout n’est pas perdu. 

La mise en place de bonnes politiques, bonnes infrastructures et bonnes technologies pour changer nos modes de vie et nos comportements peut entraîner une baisse de 40 % à 70 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, estime Priyadarshi Shukla, le coprésident du groupe de travail III du GIEC. La condition c’est qu’il va falloir investir trois à six fois plus que les montants alloués aujourd’hui à la transition écologique. On fait le point sur ce que préconise le rapport du côté des solutions technologiques. 

Le gros potentiel des véhicules électriques

Les véhicules électriques qui fonctionnent grâce à une électricité décarbonée offriraient selon le rapport du GIEC le plus grand potentiel de décarbonation des transports terrestres. Le passage au 100 % électrique pourrait réduire de 30 à 70 % les émissions de gaz à effet de serre des transports terrestres d’ici à 2050. D’autant que leur prix a diminué de 85 % entre 2010 et 2019 et que leur adoption s’est de fait rapidement accélérée, pointe le rapport. Mais pas de quoi réduire les efforts pour accompagner leur adoption ; leur déploiement nécessite toujours un investissement continu. Malgré ces progrès, les émissions des transports sont restées à peu près constantes, augmentant en moyenne de 2 % par an entre 2010 et 2019 en raison de la persistance d’une forte demande de déplacements, des véhicules plus lourds, et d’un développement technologique centré autour de la voiture individuelle. Les scientifiques soulignent par ailleurs que les minéraux nécessaires à la fabrication des batteries représentent un point de préoccupation.

À fond sur les éoliennes et le solaire 

Le coût de l’énergie solaire a baissé de 85 % depuis 2010 et celui de l’éolien de 55 %. Leur déploiement augmente rapidement, mais reste insuffisant pour répondre aux exigences climatiques. La part de marché combinée des technologies solaires photovoltaïques et éoliennes est encore en dessous de 10 %. Or, pour être dans les clous, la production mondiale d’électricité bas carbone devra atteindre 100 % d’ici 2050, estime le rapport.

Les technologies de captation du CO2 plébiscitées mais… 

C’est l’un des points de controverse du rapport, car les technologies qui permettent de capter et d’éliminer le CO2 se révèlent coûteuses, pas toujours très efficaces, gourmandes en eau et en énergie. Pourtant, le GIEC n’exclut pas leur utilisation. Le dépassement de 1,5° étant « presque inévitable » , ces technologies « d’émissions négatives » seront probablement nécessaires pour garantir que tout dépassement de température soit temporaire, estiment les scientifiques. Le groupe de travail évoque notamment les techniques de BECC (bioénergie avec captage et stockage du carbone), qui consistent à capter du CO2 à partir d’une centrale à biomasse. Le rapport insiste bien sur le fait que ces technologies ne sont pas un moyen d’en finir avec notre dépendance aux énergies fossiles. L’un ne va pas sans l’autre. 

La transition numérique : mi-figue, mi-raisin 

Une partie du rapport s’intéresse aux impacts de la transition numérique. Au vu des études scientifiques, le GIEC estime que les impacts positifs de la numérisation sur la consommation d’énergie, les émissions carbone comme la modération des émissions de gaz à effet de serre sont plutôt limités, mais sans trop s’avancer car il existe très peu de données à ce sujet, rappelle le rapport. La transition numérique pourrait par ailleurs avoir des effets secondaires contre-productifs (hausse de la demande en services et produits, augmentation des déchets électroniques, accroissement des inégalités…) si elle n’est pas bien gérée. Le rapport détaille notamment l’exemple du télétravail. La majorité des études à son sujet montrent que la pratique permet de réduire les émissions liées au transport (d’environ seulement 1 %). En parallèle, le développement du shopping en ligne augmente les besoins de transport. 

Nous précisons que les technologies sont loin d’être le seul axe d’amélioration possible détaillé par le rapport : la réduction considérable d’énergies fossiles et la fin du charbon ; la reforestation et la reconstitution d’écosystèmes ; la réduction de la consommation de viande, la réduction des vols long-courriers ; la réorganisation des villes pour privilégier les espaces piétons sont aussi des solutions à mettre en place d’urgence.

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