L’exploitation d’enfants en Asie par les multinationales- 11.2019

Novethic.fr
News 27 février 2020

C’est une étude inédite que vient de publier l’Organisation internationale du travail (OIT). Si les chiffres du travail des enfants étaient déjà connus, ceux concernant les chaînes d’approvisionnement mondiales n’avaient jamais été étudiés. Or, dans certaines régions du monde comme l’Asie orientale et l’Asie du sud-est, un quart des enfants qui travaillent le font pour des biens destinés à l’exportation, principalement dans l’agriculture et l’extraction de minerais.

Travail des enfants chaines d approvisionnement mondiales OIT
26 % du travail des enfants en Asie orientale et du Sud-Est contribue aux chaînes d’approvisionnement qui servent l’économie mondiale.
@OIT

26 % du travail des enfants en Asie orientale et du Sud-Est contribue aux chaînes d’approvisionnement qui servent l’économie mondiale. En Amérique latine et aux Caraïbes, c’est aussi 22 % du travail des enfants qui est lié aux exportations de biens. Ces estimations, inédites, ont été publiées dans un nouveau rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) le 12 novembre dernier (1).

Les résultats montrent que même si le travail des enfants est nettement plus répandu dans la production destinée aux économies nationales, il existe cependant un risque non négligeable de travail des enfants dans la production liée aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Concrètement, ce sont donc les biens que nous consommons ou utilisons au quotidien, importés du bout du monde, qui sont potentiellement issus du travail des enfants.

Travail des enfants chaines d approvisionnement mondiales

Conduites à risque des entreprises

“Les biens et les services que nous achetons sont composés d’éléments en provenance de nombreux pays à travers le monde et sont produits, assemblés, emballés, transportés et consommés par-delà les frontières et les marchés”, a déclaré Guy Ryder, directeur général de l’OIT. “Ce rapport montre l’urgente nécessité de prendre des mesures efficaces afin de combattre les violations des droits fondamentaux au travail qui ont lieu dans les chaînes d’approvisionnement.” 

Les segments en amont sont principalement à risque, notamment pour ce qui est de l’extraction des matières premières ou la production agricole, ancrées le plus souvent dans l’économie informelle, plus difficile à tracer pour les entreprises donneuses d’ordres. Mais le rapport met en cause les pratiques à risque de ces dernières en proposant des prix inférieurs aux coûts de production et des délais intenables, poussant les fournisseurs à sous-traiter.

“Ces résultats montrent clairement que la lutte contre la traite des êtres humains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ne sera pas suffisante si elle ne s’étend pas au-delà des fournisseurs immédiats pour inclure les opérateurs qui sont engagés en amont dans des activités comme l’extraction de matières premières et l’agriculture, qui servent d’intrants pour d’autres industries”, a souligné Antonio Vitori, directeur général de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Privés de pouvoir jouer et apprendre

Selon le dernier recensement mondial de l’OIT, 152 millions d’enfants à travers le monde sont soumis au travail, principalement en Afrique et dans le secteur de l’agriculture. La moitié d’entre eux a moins de onze ans. Or, “le travail des enfants a des conséquences néfastes tout au long de la vie pour le développement physique, mental et social des enfants, les privant de la chance de pouvoir jouer et apprendre“, explique Henrietta Fore, directrice exécutive de l’UNICEF.

“Nous devons nous attaquer aux causes profondes qui poussent les enfants à travailler, telles que la pauvreté et la violence. Nous avons aussi besoin de solutions concrètes pour faire en sorte que les familles aient des sources de revenu alternatives et que les enfants aient accès à une éducation de qualité et à des services de protection” ajoute-t-elle. Les États, notamment, doivent s’attaquer au travail informel, assurer l’accès à la scolarité des enfants, mettre en place des salaires minimums et une protection sociale forte.

À ce rythme, il semble difficile d’atteindre deux des objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2015 à savoir : mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025 et abolir le travail forcé et la traite des êtres humains d’ici à 2030, alertent les auteurs du rapport.

Vous serez aussi intéressé par