Les détails du plan chinois « Neutralité Carbone 2060 » – 11.2020

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News 4 novembre 2020

L’annonce a fait l’effet d’une bombe et remis l’Accord de Paris sur les rails. En septembre, lors de l’Assemblée générale des Nations, le président chinois Xi Jinping s’engageait à atteindre la neutralité carbone en 2060. Selon plusieurs experts, cette mesure est réaliste bien qu’elle implique des transformations radicales. En outre, elle mettrait l’objectif de limiter la température à 1,5°C à la portée du monde. 

En septembre, aux Nations-Unies, la Chine créait la surprise en s’engageant à atteindre la neutralité carbone d’ici 2060 et le pic de ses émissions avant 2030. “C’est la première fois que le pays se fixe un objectif concret à long terme” s’est réjoui le World Resources Institute (WRI). Ces mesures, si elles étaient tenues, entraîneraient une baisse du réchauffement planétaire comprise entre 0,2°C et 0,3°C à l’horizon 2100, soit la plus importante réduction jamais calculée pour un seul et même pays, selon Climate Action Tracker.

Mais pour y arriver, la Chine, 1er émetteur mondial avec 28 % des émissions mondiales, va devoir accélérer sa transition énergétique. Une ébauche de trajectoire de neutralité carbone a été publiée fin septembre par l’université Tsinghua, qui travaille en relation étroite avec le ministère de l’Ecologie. Elle prévoit le développement encore plus important des énergies renouvelables mais aussi du nucléaire, et en parallèle, la suppression quasi intégrale du charbon. 

Le solaire : + 587 % d’ici 2060

La Chine devrait ainsi porter sa part d’énergie non fossile à 20 % d’ici 2025 et à 84 % d’ici 2060. Cela implique que sur cet intervalle, la part du charbon aura diminué de 96 % tandis que l’éolien devra croître de 346 %, le solaire de 587 % et le nucléaire de 382 %. La production énergétique d’origine nucléaire serait ainsi multipliée par quatre entre 2025 et 2060. Et l’investissement requis devrait atteindre 15 000 milliards de dollars sur les trois prochaines décennies.

Les émissions de CO2 devraient encore augmenter d’environ 10 milliards de tonnes par an jusqu’en 2030, pour ensuite décliner pour atteindre 200 millions de tonnes d’ici à 2060. La compensation des émissions restantes étant alors assurée via les technologies de captage, stockage et utilisation de carbone. Mais une étude publiée dans Nature Sustainability estime que le pic des émissions pourrait même se situer entre 2021 et 2025. La Chine, en fixant le plafond à 2030, se laisse ainsi une marge de manœuvre.

“Le pic de la Chine avant 2030 devrait pouvoir se produire naturellement car elle a plus ou moins attendu de devenir un pays développé” confirme Thomas Spencer, chercheur associé à l’Iddri, dans une note consacrée au sujet (1). “Ces dernières années, la Chine a augmenté sa capacité de production dans les secteurs à forte teneur en carbone à un rythme effréné. Il lui faudra alors soit mettre au rebut une part importante de ses actifs économiques avant la fin de leur durée de vie, soit innover pour adapter les options zéro carbone au capital social existant. C’est tout aussi important pour la neutralité carbone que la croissance des sources d’approvisionnement décarbonées” note le spécialiste.  

L’objectif 1,5°C à notre portée

Le voile devrait être en partie levé l’an prochain au moment de la publication du futur plan quinquennal, qui fixe les grandes orientations du pays. Le résultat des élections présidentielles américaines va également jouer un rôle clé car le candidat démocrate, Joe Biden, a promis qu’en cas de victoire, il réintégrerait l’Accord de Paris en se fixant comme objectif la neutralité carbone en 2050. Dès lors, l’engagement des trois premiers émetteurs mondiaux – Chine, Etats-Unis et Union européenne – qui représentent 45 % des émissions, pourrait mettre à la portée du monde l’objectif de l’Accord de Paris.

Selon le scénario “cascade” imaginé par Axa IM, la hausse de la température pourrait se limiter à 1,5°C (avec 50 % de probabilité) si la Chine atteignait la neutralité carbone en 2060 et le reste du monde en 2050. “Il sera beaucoup plus difficile pour les autres pays de continuer à hésiter, estime Thomas Spencer. L’objectif de zéro émission nette de la Chine n’est pas moins difficile à atteindre que celui de l’Union européenne, bien que le délai soit prolongé de dix ans. Il ne représente rien de moins que la refondation d’une économie développée prospère. En un mot : une nouvelle révolution industrielle, mais avec un compte à rebours déclenché.”

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