Le scandale des terrasses chauffées- 01.2020

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News 10 mars 2020

Dans la capitale, la consommation des terrasses chauffées pendant l’hiver équivaudrait à 110 000 vols Paris-New York. Face à l’urgence climatique, Rennes a décidé de les interdire. C’est la première métropole à franchir le pas. D’autres villes ont engagé des réflexions en ce sens, mais les restaurants et cafés freinent des quatre fers. Les terrasses chauffées représentent 30 % de leur chiffre d’affaires. 

Fumer une cigarette en buvant un verre en terrasse en plein hiver, le dos – ou plutôt le crâne – chauffé par des parasols chauffant… C’est une habitude auquel les habitants des grandes villes se sont pliés assez vite. Or, les plus jeunes ne s’en souviennent pas, mais les terrasses chauffées n’ont pas toujours existé. Le boom a eu lieu il y a une dizaine d’années lorsque le tabac a été interdit dans les lieux publics, et notamment les restaurants et bars. Pour ne pas perdre leurs clients, ces derniers ont donc investi dans des terrasses chauffées… qui sont aujourd’hui très critiquées pour leur impact environnemental.

D’où la mesure drastique prise par Rennes. Depuis le 1er janvier, la ville a interdit les terrasses chauffées. C’est la première métropole à franchir le pas. “Avec le défi écologique qui est devant nous, on doit être exemplaire sur l’espace public”, a plaidé le maire adjoint Marc Hervé. Carbone 4, le cabinet de conseil expert de la transition écologique, avait alerté dès 2009 du bilan carbone désastreux de ces terrasses. Ainsi, une seule terrasse équipée de quatre braseros au gaz, allumés à pleine puissance pendant huit heures, équivaut à un trajet de 350 km en voiture, calculait le cabinet.

110 000 vols Paris- New York

Une autre analyse, beaucoup plus récente, a été publiée par Thierry Salomon, porte-parole de l’association NegaWatt le 3 janvier dernier. L’association a calculé la consommation énergétique d’une terrasse équipée de cinq braseros allumés 14 heures par jour de mi-novembre à mi-mars : “50 400 kWh par hiver, avec en prime 13,7 tonnes de gaz carbonique émis dans l’atmosphère ! Soit l’équivalent des émissions d’une berline neuve qui roulerait 122 000 km, trois fois le tour du globe terrestre à l’équateur”, alerte l’ONG.

Pour des chauffages électriques, disposés tous les 1,5 mètre sur une terrasse de 15 mètres carrés, la consommation hivernale de l’équipement équivaudrait à la consommation annuelle en électricité de neuf familles, hors chauffage et eau chaude. Sur la base de ce calcul, les Échos ont estimé que dans la capitale, la consommation des terrasses chauffées équivalait donc à 110 000 vols Paris-New York. 

30 % du chiffre d’affaires des restaurants et cafés

“Pour rompre ce cercle sans fin, que faire ? Prendre acte que réchauffer l’air d’une terrasse en hiver est tout aussi aberrant que de climatiser comme au Qatar un stade à ciel ouvert… “, dénonce Thierry Salomon. Face à l’urgence climatique, les villes commencent à s’activer. Dans la capitale, les écologistes ont tenté plusieurs fois de faire interdire les terrasses chauffées. Mais le Conseil de Paris s’y est toujours opposé. Ce fut d’ailleurs le cas le 12 décembre dernier lorsque Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement, candidat aux Municipales, a réitéré ce vœu s’appuyant notamment sur la volonté de la capitale de diviser par deux la consommation d’énergie d’ici 2050.

Mais le timing est mal choisi. “Les restaurateurs et les hôteliers ont une baisse de près de 50 % de leur chiffre d’affaires sur le mois de décembre, c’est colossal. Et économiquement, on ne peut pas mettre ces commerçants en difficulté”, défend sur France 3 Olivia Polski, adjointe à la mairie de Paris en charge du commerce. Les terrasses chauffées représenteraient 30 % du chiffre d’affaires des restaurateurs et des cafetiers parisiens, selon le GNI, syndicat les représentant.  

Le conseil de Paris a par contre accepté de lancer une concertation sur le sujet, en espérant trouver des alternatives satisfaisantes. D’autres villes lui ont emboîté le pas comme Angers, Grenoble ou Bordeaux. Ces dernières misent pour l’instant sur la concertation avec les commerçants plutôt qu’une interdiction.

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