La ville européenne la plus écologique est finlandaise – 09.2020

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News 4 octobre 2020

En 2021, la ville finlandaise de Lahti sera le porte-drapeau de la transition écologique des villes européennes. Et on a beaucoup à apprendre de cette petite ville de 120 000 habitants.

Spécialistes du ski nordique mis à part, le nom de Lahti ne vous évoque probablement rien. Et on aurait bien pu ne jamais entendre parler de cette petite ville finlandaise située à 1 heure au nord d’Helsinki. Sauf que Lahti – qui compte autant d’habitants que Perpignan – est la ville la plus écolo d’Europe. Elle a remporté le titre de Capitale Verte Européenne 2021 devant Lille et Strasbourg. Dans le cadre du Forum International des Villes et Territoires Positifs, nous avons discuté avec son maire, Pekka Timonen, de transformation écologique des villes et de mobilisation citoyenne.

Lahti a été nommée Capitale Verte Européenne 2021. En tant que maire, pensez-vous que les citoyens sont de plus en plus concernés par leur impact sur le changement climatique ?

Pekka Timonen : Globalement, le niveau de conscience autour des questions environnementales et du changement climatique est très élevé en Finlande. À présent, la vraie question est comment fait-on concrètement pour changer les choses ? Comment crée-t-on une ville durable dans une société durable ? Et surtout selon quelle temporalité ?

À Lahti, qui est une ville industrielle, tout a commencé à cause d’un lac. Il y a 35 ans, le lac Vesijarvi était le plus pollué de Finlande. Un jour, des habitants et des entreprises locales ont décidé de nettoyer le lac ensemble. Ça a déclenché un vrai mouvement dans la ville. Aujourd’hui, on peut boire l’eau du lac et se baigner dedans. Et surtout, on essaie de trouver des solutions pour continuer à transformer la ville de manière durable.

Parmi ces solutions pour transformer Lahti en ville durable, il y a le projet CitiCap et l’instauration d’un quota-carbone pour les citoyens.

P. T. : Effectivement, nous avons mis en place le projet CitiCap il y a trois ans. Il s’agit notamment d’une application qui permet de tracker ses déplacements grâce à la géo-localisation du smartphone et de suivre ses émissions liées à la mobilité. Chaque utilisateur peut visualiser ses émissions et tenter de les réduire Pour les y inciter nous avons mis en place des quotas inspirés du système de marché carbone appliqué aux entreprises par l’Union Européenne. Concrètement, les citoyens qui participent au projet disposent d’un quota hebdomadaire d’émissions pour leurs déplacements. S’ils réussissent à ne pas tout dépenser – et donc à réduire leurs émissions -, ils peuvent transformer l’excédent en euros virtuels pour acheter des tickets de bus, des places de théâtre ou des gâteaux dans les boulangeries de la ville.

Mais cette application n’est que la face visible du projet CitiCap. L’application nous permet de collecter des data sur la mobilité des habitants de Lahti. Nous avons donc accès à des informations sur la façon dont ils se déplacent, sur ce qui peut les faire changer de moyens de transport, etc. On peut même regarder l’impact de la météo sur la mobilité. Ça nous permet ensuite de mettre en place des solutions plus intelligentes : par exemple, créer des lignes de bus ou de nouveaux arrêts. Nous avons déjà lancé la création d’une grande piste cyclable autour de la ville.

Est-ce que vous constatez déjà des baisses d’émissions grâce à ce projet ?

P. T. : CitiCap reste un projet relativement nouveau dans la ville. Aujourd’hui, un peu plus de 2 000 personnes utilisent l’application. Pour l’instant, le nombre d’utilisateurs augmente de façon stable chaque mois. Mais la pandémie de Covid-19 a bousculé nos plans.

Justement, pensez-vous que cette pandémie va encourager les citoyens à agir encore plus pour changer les villes ?

P. T. : À court terme, cette pandémie place le sujet du changement climatique un peu en retrait. Mais le Covid-19 fonctionne comme un catalyseur de changement. Nous sommes convaincus que la pandémie va accélérer le mouvement vers des villes plus durables. Cette situation nous force à changer mais elle permet surtout de se rendre compte que nous avons besoin de changement.

Nous avons besoin de changement mais ça reste toujours compliqué de mobiliser et d’engager les citoyens sur ce type de projet. Comment faites-vous à Lahti ?

P. T. : Même si c’est effectivement compliqué, la question de l’engagement des citoyens est centrale. Si on veut créer un changement permanent et de nouvelles habitudes, on a besoin des citoyens. Pour y parvenir, je pense que l’une des clés est de normaliser nos projets environnementaux. Ils doivent faire partie du fonctionnement normal d’une ville et d’une société. Je ne veux pas que ces projets soient perçus comme quelque chose d’extraordinaire mais au contraire comme le fonctionnement normal de Lahti. Pour arriver à cela, il faut prendre en compte un point important : une ville durable doit surtout être une ville meilleure. Si les citoyens ne bénéficient pas d’une meilleure ville, c’est impossible de les engager avec nous dans des actions contre le changement climatique.

Est-ce aux villes de montrer la voie en matière de transition écologique ?

P. T. : Nous avons besoin de tout le monde, mais je pense que les villes ont un rôle primordial. En matière de changement climatique, les villes sont à la fois le problème et la solution. Elles sont une source majeure de pollution à l’échelle mondiale mais elles ont les moyens de se transformer. Contrairement aux institutions internationales, qui ont aussi leur rôle à jouer, les villes ont un contact direct avec leurs habitants. Et donc la possibilité mettre en œuvre des changements et expérimentations. Les villes de toutes les tailles doivent se placer au premier plan en matière de transition.

L’un des slogans de Lahti est « des solutions locales pour un impact global ». Pensez-vous que les expérimentations menées à Lahti peuvent être reproduites dans le reste du monde ?

P. T. : Avec ses 120 000 habitants intra-muros et 200 000 dans la région urbaine, Lahti représente l’Europe moyenne. La plupart des Européens vivent dans des villes comme la nôtre. Ce titre de Capitale Verte Européenne ne concerne donc pas uniquement notre ville mais une grande partie de la population européenne. Lahti était une ville industrielle très classique. Mais nous avons été forcés de nous adapter et changer pour devenir une ville durable et meilleure. Beaucoup de facteurs n’ont pas rendu cette transition facile – nous ne sommes ni les plus riches, ni les plus éduqués en Finlande. Rien n’était évident mais on estime avoir réduit nos émissions de CO2 de 70% par rapport au niveau de 1990. Aujourd’hui, de nombreuses villes dans le monde font face aux mêmes défis. À Lahti, on se dit « si nous pouvons le faire, tout le monde peut le faire. » Je pense que c’est nécessaire de s’inspirer des autres villes. Prenez toutes les bonnes idées que vous pouvez, adaptez-les, regardez si ça fonctionne.

Et vous, quelles sont les villes qui vous inspirent ?

P. T. : Au plus proche de nous, il y a bien sûr la capitale finlandaise Helsinki. Nous travaillons aussi étroitement avec la ville d’Oslo. Mais il n’y a pas que l’Europe. On trouve aussi des exemples intéressants en Chine, par exemple. La transition écologique des villes est un sujet pris très au sérieux là-bas. La ville de Zhangjiakou accueillera des épreuves des prochains jeux olympiques d’hiver. Comme Lahti est également station de ski, nous travaillons ensemble à créer des événements sportifs durables et nous nous inspirons mutuellement.

Lahti dispose également d’un orchestre symphonique neutre en carbone, d’une équipe de hockey qui suit le même chemin, d’un programme très ambitieux de recyclage… Quelle est la prochaine étape pour votre ville ?

P. T. : C’est très important pour nous d’avoir des actions très locales. L’orchestre ou l’équipe de hockey de la ville permettent de mobiliser les citoyens à travers les arts et le sport. De cette façon, la transition de notre ville n’est pas seulement un sujet de politiques ou d’experts. Mais la prochaine grande étape se fera à l’échelle de la ville. Nous nous sommes fixés pour objectif d’avoir une ville neutre en carbone en 2025. C’est très ambitieux mais on sait que c’est possible.

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