La France toujours en retard dans le recyclage des déchets plastiques – 07.2023

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News 19 juillet 2023

La France est en retard. Malgré des objectifs ambitieux, portés notamment par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), le pays recycle à peine plus d’un cinquième de ses déchets plastiques. Les experts du secteur pointent du doigt des filières qui tardent à se structurer et une faible demande. Du côté des solutions, les débats se concentrent autour de la consigne au détriment de la réduction.

22%, c’est le taux d’emballages plastiques aujourd’hui recyclés en France. Un chiffre encore loin des objectifs fixés par le pays, qui a conduit la Commission européenne à publier le 8 juin dernier un “rapport d’alerte” sur la question. Dans le document partagé par nos confrères du Monde, les auteurs appellent l’Hexagone à “intensifier considérablement” ses efforts, alors que certains de ses voisins européens affichent un taux de 57%, à l‘instar des champions autrichien et hollandais.

Car si la France ambitionne d’éliminer la pollution plastique d’ici 2040, pour l’instant, le recyclage “se heurte à des limites et des obstacles techniques, sanitaires, économiques et structurels” observe l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), également à l’origine d’une note publiée le 29 juin. Le pays, qui s’était concentré jusqu’à récemment sur les filières les plus économiquement avantageuses, a accumulé du retard.

“Il y a quelques années, le choix a été fait de démarrer avec les bouteilles et les flacons parce que c’est là qu’étaient les solutions de recyclage”, concède auprès de Novethic Jean Hornain, directeur général de Citeo, éco-organisme créé par les entreprises de la grande consommation et de la distribution pour réduire l’impact environnemental de leurs emballages.

Des filières manquantes

Suivant l’extension de la consigne de tri généralisée depuis janvier 2023, qui permet de collecter dans un bac unique tous les emballages plastiques, de nombreuses filières doivent maintenant être créées et structurées pour répondre aux besoins de recyclage. “Nous venons de signer pour qu’il y ait une création de ces filières à 2025” comme le prévoit la loi Agec, précise Jean Hornain. Cela concerne 15% des emballages, comme les pots de yaourts composés d’un mélange de matières, les films ou les barquettes. “Actuellement, on recycle 3 à 4% des pots de yaourts en Allemagne et en Espagne. On a une matière qui a une valeur assez faible, le reste est incinéré dans l’industrie pour remplacer des combustibles fossiles”, explique à Novethic Kako Naït Ali, docteure en chimie des matériaux.

En attendant la mise en place de filières adéquates, ces emballages rejoignent les 20% d’emballages non recyclables, qui, une fois triés, sont valorisés énergétiquement. Une pratique qui participe à la confusion des consommateurs souvent peu au courant de la destination finale de leurs déchets. “C’est le serpent qui se mord la queue. Pour avoir des filières, il faut collecter assez de déchets mais comme elles n’existent pas encore, on les brûle”, regrette Flore Berlingen, autrice du livre ‘Recyclage : le grand enfumage’, interrogée par Novethic. “À l’inverse de ce que voudrait la logique environnementale, on ne régule pas la mise sur le marché et on voit a posteriori ce qu’on peut faire avec la matière.”

La demande tarde à se développer

À l’autre bout de la chaîne, il faut en effet que la demande émerge. En 2021, seulement 8% de la production plastique mondiale était issue du recyclage rapporte l’OPECST. Derrière ce chiffre “très faible”, plusieurs raisons sont invoquées, à commencer par l’argument économique. “La raison la plus importante c’est que les plastiques à recycler ne valent rien”, souligne Flore Berlingen. “Ils ne sont pas de qualité suffisante pour avoir vraiment une valeur sur le marché par rapport au coût de leur recyclage.” Alors que le prix du plastique vierge reste encore très bas, l’incitation à utiliser des matières recyclées n’a que très récemment convaincue les industriels. 

Autre point bloquant, la diversité de matières et de couleurs des emballages. “Quand on les mélange, on obtient du gris, les applications sont très limitées”, explique Kako Naït Ali. Elle pointe également les freins sanitaires liés à certaines matières comme les films. “Une fois recyclés, on ne peut pas les mettre au contact alimentaire, seul le PET est aujourd’hui autorisé.” Des obstacles que Citeo espère contourner en mobilisant des actions de recherche et développement et en pariant sur le recyclage chimique, une méthode contesté pour son impact environnemental alors qu’elle attire de nombreux investissements. “Il faut qu’il y ait des recycleurs pour reprendre la matière et en faire des applications pour le bâtiment ou l’automobile, mais nous ce qu’on veut c’est boucler la boucle en ayant des solutions de recyclage qui permettent de faire un retour à l’emballage”, soutient Jean Hornain.

Réduire avant tout

Pour combler le retard, plusieurs solutions sont mises sur la table, comme l’écoconception. Alors que la loi Agec prévoit une interdiction des emballages plastique non recyclables d’ici 2025, les industriels vont être contraints de repenser la composition de leurs emballages, voire de supprimer les plus superflus. Un second levier réside dans la tarification incitative qui a déjà fait ses preuves en Belgique et en Suisse. Ce système, où le consommateur paie selon la quantité de déchets jetés dans sa poubelle ménagère, touche toutefois moins de 6 millions de Français pour le moment.

Plus controversée, la consigne pour recyclage, notamment des bouteilles en plastique, a créé le débat ces dernières semaines. Encouragée d’un côté par la Commission européenne et les éco-organismes, dont Citeo, certains experts craignent de l’autre une confusion chez les usagers. “On double un système existant et efficace : le bac jaune”, estime Kako Naït Ali. Sur le plan économique, la consigne priverait les collectivités locales d’une source de revenus, les bouteilles étant le déchet qui a le plus de valeur. “Le risque, c’est l’immobilisme. Ça ne sera pas un chemin tranquille mais c’est nécessaire si on veut répondre à l’urgence écologique”, fait valoir Jean Hornain, qui rappelle que la France devra atteindre 90% de taux de collecte des bouteilles en plastique d’ici 2030, contre 60% aujourd’hui. 

Reste la consigne pour réemploi, une solution pertinente mais qui devrait “viser tous les emballages pour réduire le jetable de manière générale”, selon Kako Naït Ali. Car c’est bien là le nerf de la guerre, sur lequel tous les spécialistes s’accordent : le meilleur emballage, c’est celui qui n’existe pas. “C’est l’éléphant dans la pièce en matière de déchets. On oublie que même si l’on atteignait des niveaux exceptionnels de recyclage, ce ne serait pas suffisant pour rendre soutenable notre consommation d’emballages jetables”, conclut Flore Berlingen.

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