En détruisant les réservoirs marins, la pêche au chalut libère du CO2 – 04.2021

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News 12 avril 2021

Les sédiments marins sont des réservoirs de carbone. Or, la pêche au chalut, qui racle le fond des océans, libère dans les eaux du monde entier des tonnes de CO2 jusqu’alors stockés. Une étude publiée mi-mars dans la revue Nature en a révélé l’ampleur : la pêche au chalut rejette autant, voire plus de dioxyde de carbone que le secteur aérien.

La pêche au chalut est souvent décriée pour son impact sur la biodiversité. La pratique consiste à trainer d’imposants filets qui raclent les fonds marins pour optimiser les captures de poissons. Certains chalutiers peuvent ainsi pêcher près de 250 tonnes de poissons par jour, épuisant ainsi les ressources et détruisant au passage les écosystèmes. Une étude et de plusieurs universités américaines et l’Ifremer, publiée dans la prestigieuse revue Nature mi-mars, vient d’en dévoiler une autre face sombre : le chalutage relâche dans l’eau plus de dioxyde de carbone dans l’eau que le secteur aérien dans l’air. Soit entre 0,6 à 1,5 gigatonne de tonnes de CO2 par an, contre 0,9 gigatonne en 2019 pour le transport aérien.  Rédigée par 26 biologistes marins, climatologues, et économistes, il s’agit de la première étude au monde à s’intéresser à l’impact climatique de ce type de pêche.

Un résultat alarmant. “Les sédiments marins constituent le premier réservoir de carbone à long terme de la planète, alertent les auteurs de l’étude. La perturbation de ces réserves en carbone […] est susceptible d’augmenter l’acidification des océans, de réduire la capacité d’absorption du CO2 par l’océan et de contribuer à son accumulation dans l’atmosphère. Ces 1 500 millions de tonnes relâchées dans l’océan ne représentent que 0,02 % du carbone sédimentaire marin total, mais cela équivaut à 15 à 20 % du CO2 atmosphérique absorbé par l’océan chaque année“.

Protéger les océans

Chaque année, 4,9 millions de km2 de fond marin seraient raclés par les chaluts, soit environ 1,3 % de la surface océanique. Si le chalutage en en eau profonde à plus de 800 mètres (et à 400 mètres pour les zones dites vulnérables) est interdit dans les océans de l’Union européenne depuis 2016, la pratique est encore légale dans 60 % des mers et océans du globe.

Pour contrer ces effets, les chercheurs préconisent la mise en place de zones protégées là où les fonds marins stockent le plus de carbone, et où le chalutage est le plus important. “Il suffirait ainsi de protéger 3,6 % de l’océan pour éliminer 90 % du risque de perturbation du carbone sédimentaire“, détaillent les auteurs de l’étude. Un niveau de protection minimum. Pour permettre également de préserver la biodiversité et les populations de poissons, les chercheurs estiment qu’il est nécessaire de protéger au moins 28% de la surface mondiale des océans, contre seulement 2,7 % aujourd’hui.

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