Climat: les insuffisances de 25 entreprises du CAC40 – 03.2020

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News 17 mars 2020

Après Total, ce sont 25 grandes entreprises du CAC40 qui sont passées sur le grill par Notre affaire à tous concernant leur action climatique. L’ONG utilise la loi sur le devoir de vigilance pour pointer du doigt les manquements en matière de stratégie climatique. Outre Total déjà attaquée par l’ONG, Air Liquide et Natixis sont pointées comme les moins bons élèves quand Schneider Electric s’en sort le mieux. Mais toutes ont une stratégie insuffisante selon l’ONG. 

Les grandes entreprises françaises ne sont ni assez ambitieuses, ni assez transparentes sur le climat. C’est le constat que dresse l’ONG Notre affaire à tous qui vient de publier une étude et un classement des 25 sociétés les plus émettrices du CAC40. Aucune d’entre elle ne satisfait aux exigences de l’ONG, qui demande un alignement sur une trajectoire de réchauffement de 1,5°C. 

Selon ses calculs, l’empreinte cumulée des multinationales s’élèverait à 1,5 million de tonnes équivalent CO2, soit trois fois les émissions territoriales françaises (0,445 million de tonnes) voire huit fois si elle intègre les données d’une autre étude concernant les activités financées par le secteur bancaire. Le chiffre est destiné à interpeller les acteurs et le grand public sur l’urgence à agir mais le travail de l’ONG se veut plus pointu. Trois entreprises sont particulièrement pointées du doigt : Air Liquide, Natixis et Total, déjà attaquée par l’association.

Empreinte carbone 25 multinationales notre affaire a tous

Source : Notre Affaire à Tous

La spécificité développée par Notre Affaire à Tous est d’utiliser le droit pour faire bouger les acteurs publics comme privés. C’est en poursuivant l’État français que celle-ci s’est fait connaître et c’est en poursuivant de grandes entreprises symboliques comme Total qu’elle entend continuer à mettre la pression. Pour ces dernières, le devoir de vigilance apparaît comme un outil privilégié que l’ONG a mis au service de sa lutte contre l’inaction climatique.

L’ONG a développé une méthodologie destinée à évaluer la conformité des entreprises en la matière. Celle-ci permet de les comparer entre elles. Cette méthode “a fait l’objet d’un examen scientifique par des pairs et est en cours de publication par l’Institut de recherche juridique de la Sorbonne”, précise l’ONG. Il ne s’agit pas tant de noter les émissions de l’entreprise que sa transparence et sa stratégie climatique. Trois critères définissent la note de l’entreprise : la transparence sur les émissions (10 % de la note), l’identification des risques d’atteinte grave liés au climat (30 %) et la mise en place d’actions pour les réduire (60 %).

Un grand écart climatique

La note moyenne se situe à 39,5/100. 20 entreprises sur les 25 analysées obtiennent moins de 50/100. Et aucune entreprise n’obtient la note maximale, alors qu’il s’agit de la “seule note permettant de s’assurer de la conformité avec la loi“, selon Notre Affaire à Tous. Toutes doivent donc recevoir une lettre d’interpellation, même les mieux notées comme Schneider Electric (77/100), Michelin, PSA et Danone (environ 60/100). Les entreprises qui pointent en bas de classement comme Total, Air Liquide qui “diffuse un bilan carbone incomplet et une stratégie imprécise et peu lisible” ou Natixis qui “n’intègre pas toutes ses filiales dans sa stratégie climat“, s’exposent à des actions judiciaires.

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Source : Notre Affaire à Tous

Ces dernières nient leur non-conformité. “La politique climat du groupe Air Liquide est particulièrement ambitieuse et transparente” et la publication des dernières données de 2019 “reflète l’ampleur de nos avancées“, a réagi le chimiste. “Toutes les entreprises sont logées à la même enseigne : nous nous basons sur les derniers plans de vigilance publiés. Si Air Liquide ou d’autres veulent intégrer de nouvelles données, elles ont trois mois pour le faire à compter de notre interpellation“, explique Paul Mougeolle, le coordinateur et auteur principal de l’étude.

Si elles ne le font pas, elles s’exposent à des recours juridiques mais pas seulement. Les plans de vigilance étant intégrés dans les documents de référence, l’ONG entend porter les manquements devant l’Autorité des Marchés financiers. Le premier cas est attendu dans les prochains jours.

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