L’après Covid : le plan « vert » de l’Union Européenne ?

Save Life On Earth
News 17 avril 2020

BlackRock, le plus gros acteur du capitalisme au XXIe siècle, se fraye un nouveau chemin auprès de l’Union Européenne pour répondre à l’après-crise sanitaire qui touche le monde. Une décision qui ravive les tensions autour de l’investisseur des plus gros pollueurs au monde.

Par Marius Doye

Le gestionnaire d’actifs américain, un des trois investisseurs dans les huit plus grandes compagnies pétrolières au monde (Shell, Total, Exxon, Sinopec) et un des dix principaux investisseurs dans les douze plus importantes banques du monde (JP Morgan Chase, HSBC, BNP Paribas, Deutsche Bank), est officiellement devenu le 8 avril l’un des conseillers financiers de la Commission Européenne. Sa branche « conseil », BlackRock Financial Markets Advisory (FMA), s’est vu remettre une enveloppe de 280 000 euros afin de fournir une étude sur la finance durable que doit adopter le Vieux Continent après la crise du coronavirus. Une décision qui choque, étant donné la place du géant américain dans notre économie, au premier rang des investisseurs mondiaux dans les énergies fossiles.

La semaine dernière, la Commission Européenne, bras exécutif de l’Union Européenne, a déclaré que BlackRock avait battu les huit autres soumissionnaires afin de la conseiller sur la façon dont elle peut intégrer au mieux les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans sa gestion financière. Une porte-parole de la Commission Européenne ajoute que « l’offre de BlackRock était meilleure que celle des huit autres concurrents, et elle ne constituera qu’une seule contribution à l’élaboration des politiques de l’UE. » Dans les rangs des militants écologistes, la situation fait bondir. « Nommer BlackRock en tant que conseiller de la Commission Européenne sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), c’est comme laisser le renard garder le poulailler » s’exclame dans les colonnes du Guardian, Kristen Ganswindt, militante chez Urge Wald, une ONG de défense de l’environnement et des droits de l’homme. 

« Le scénario de rêve pour jouer les influenceurs »

Le spécialiste mondial de la gestion d’actifs financiers se voit encore ce mois-ci projeté au-devant la scène. L’entreprise avait essuyé de nombreuses critiques en février dernier. Ses locaux parisiens avaient été pris pour cible par un groupe d’activistes – réunissant militants écologistes, anarchistes et gilets jaunes – qui avaient envahi les locaux pour semer le désordre et dénoncer leur rôle de conseiller auprès du gouvernement alors en plein réforme des retraites. Mais ici c’est bien au niveau des instances internationales que le géant américain opère. Déjà en 2018, BlackRock avait dépensé 1 million et demi d’euros en lobbying au Parlement Européen.

Kenneth Haar, de l’ONG Corporate Europe Observatory, confie que « BlackRock a un intérêt bien plus grand dans cette affaire que les 280 000€ d’honoraires. Ce rôle de conseiller est le scénario de rêve pour jouer les influenceurs. » Une conséquence que redoute de nombreuses associations écologistes, qui pourrait bien freiner les efforts vers un avenir économique plus respectueux de notre environnement et crie au conflit d’intérêts. Plusieurs élus français sont montés au créneau. « On attend avec impatience Total missionné pour arrêter le pétrole et Monsanto pour mettre fin aux pesticides » ironise Marion Aubry (France Insoumise) dans les colonnes de Ouest France.

Une décision absurde

Benoit Lallemand, à la tête de Finance Watch, dénonce une « nomination inopportune et irréfléchie (…) qui risque de compromettre les ambitions de la Commission en matière de finance durable ». Afin de bien comprendre que cette décision semble complètement hors de contexte, il faut bien cerner le portait de BlackRock. L’agence dirigée par Larry Fink, dispose à la fin 2019 d’un portefeuille d’environ 7 000 milliards dollars et agit dans tous les compartiments de notre vie. Son organisation est tentaculaire. Investisseur dans les banques et l’industrie pétrolière, deux entités qui régissent l’ordre mondial, BlackRock est présent partout. Le fond d’investissement est aussi un important actionnaire dans l’agro-alimentaire (Wallmart, Carrefour), au premier rang des défis qui incombe à notre société dans son changement de mode de vie. Selon l’Organisation britannique InfluenceMap, BlackRock s’est abstenue sur 82% des résolutions d’actionnaires liées à la protection du climat dans les sociétés dont il a géré les actions entre 2015 et 2019.

À l’aune de cette année – vue comme charnière dans la lutte contre le réchauffement climatique – la firme a annoncé de gros efforts de « verdissement ». De quoi rassurer nos dirigeants pour s’assurer les services du géant américain.

Vous serez aussi intéressé par

Banques et Assurances 15 mai 2020

4 banques françaises financent les énergies fossiles américaines – 05.2020

Depuis l'adoption de l'Accord de Paris, quatre établissements français (la Société Générale, le Crédit Agricole, BNP Paribas et la Banque Popul

Rémi Pin, https://www.actu-environnement.com/
0 0
Banques et Assurances 13 mai 2020

La sortie du charbon par BNP Paribas ne convainc pas les ONG – 05.2020

"L'absence d'adoption de critères stricts d'exclusion au-delà des développeurs de centrales à charbon témoigne de la difficulté pour BNP Paribas

Rémi Pin, https://www.actu-environnement.com/ae/news/
0 0
Banques et Assurances 20 mars 2020

Le financement des banques aux énergies fossiles en constante augmentation depuis la COP21- 03.2020

Un nouveau rapport international révèle que les banques ont accordé $2 700 milliards, soit près du PIB de la France, aux énergies fossiles depuis

Les amis de la Terre, https://www.amisdelaterre.org/
3 6
Banques et Assurances 10 mars 2020

La Banque Postale et le Crédit Agricole se désengagent du charbon- 06.2019

La société de gestion d’actifs de la Banque Postale suit de près les annonces faites par le Crédit Agricole la semaine dernière. La Banque Post

Arnaud Dumas, https://www.novethic.fr/
0 0
Banques et Assurances

Axa et Société Générale : 2 approches différentes de la transition-12.2019

Durant la semaine de la finance climat à Paris, tous les acteurs se sont engagés à répondre à l’urgence climatique. Mais tous ne choisissent pa

Ludovic Dupin, https://www.novethic.fr/
0 0
Banques et Assurances

Le classement des banques françaises selon leur engagement fossile- 06.2019

L’ONG Oxfam appelle le gouvernement à prendre des mesures contraignant les banques à ne plus investir dans les énergies fossiles (charbon, p

La rédaction avec AFP, https://www.novethic.fr/
0 0
Banques et Assurances

La Banque Européenne d’Investissement se désengage des énergies fossiles-11.2019

La Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé jeudi qu’elle cesserait de financer de nouveaux projets liés aux énergies fossil

Béatrice Héraud avec AFP, https://www.novethic.fr/
0 0
Banques et Assurances

L’empreinte carbone des banques françaises-11.2019

Les Amis de la Terre France et Oxfam France publient un nouveau rapport « La colossale empreinte carbone des banques : une affaire d’État ». Ils

, https://www.amisdelaterre.org/lempreinte-carbone-colossale-des-banques-francaises/
0 0
Banques et Assurances 6 mars 2020

L’Europe divisée en matière de finance durable-12.2019

La taxonomie verte, pierre angulaire du plan d’action européen pour la finance durable, fait désormais l’objet d’intenses batailles de

Anne-Catherine Husson-Traore, https://www.novethic.fr/
0 0